Actualités des paiements


Posté le 5 mars 2019

L’instantanéité du paiement : enjeux, paradoxes et opportunités

Les bases pour le paiement instantané entre banques sont en place,

il faut maintenant rendre simples et fluides les usages pour les payeurs et les bénéficiaires.

 

 

 

Laure Lapeyronnie (Directrice Générale Adjointe de PW Consultants) et Thierry Leblond (Directeur du Pôle Monétique et Moyens de Paiements) ont contribué au dernier numéro de « La Jaune et La Rouge », la revue de la communauté polytechnicienne.

Dans le contexte de l’évolution des nouveaux moyens de paiements, ils ont fait l’état des lieux de l’instantanéité du paiement et analysé les perspectives d’évolution. 

Retrouvez l'article ci-dessous. 

 

 

L’INSTANTANÉITÉ DU PAIEMENT : enjeux, paradoxes et opportunités

 

Comme l’indique sa signature, PW Consultants accompagne ses clients pour « Orienter et Transformer les paiements ». Parmi les sujets qui mobilisent le cabinet de conseil, la question de l’instantanéité des paiements occupe une place importante.

Éclairage de Laure Lapeyronnie, Directrice Générale Adjointe, et Thierry Leblond, Directeur du Pôle Monétique et Moyens de Paiement.

 

Présentez-nous PW Consultants.

Présent sur le marché du paiement depuis 2001, PW Consultants regroupe une cinquantaine de consultants, majoritairement des ingénieurs. Pour nos interlocuteurs, nous traitons l’ensemble des problématiques de la compréhension de l’évolution de leur écosystème jusqu’à la transformation de leur offre de paiement et des moyens nécessaires. Nous couvrons l’ensemble de la chaîne de valeur : stratégie opérationnelle, cadrage projet, maîtrise d’ouvrage, conduite du changement… Néanmoins, nous n’intervenons pas sur la fourniture de solutions. En cas de besoin, nous nous adjoignons des compétences de juristes.

 

Aujourd’hui, nous entendons de plus en plus parler d’instantanéité. De quoi s’agit-il ?

La transformation numérique a amené une demande et une offre croissante d’instantanéité qui affecte aussi le secteur du paiement, où payeurs comme payés souhaitent une rapidité, sans cesse accrue, dans l’exécution de l’action.

L’instantanéité du paiement électronique recherche alors le même pouvoir libératoire immédiat que celui des espèces. Cela sous-entend que le payeur est instantanément libéré de sa dette, mais aussi que les fonds sont immédiatement disponibles pour le bénéficiaire. Le paiement, réalisable 24h/24 7j/7, est irrévocable et assure une visibilité en temps réel des fonds disponibles pour les parties prenantes de la transaction. Il y a eu des tentatives pour reproduire cette instantanéité notamment avec la monnaie électronique. Mais, le déploiement de ces offres qui s’adossent à une logique trois coins (un intermédiaire financier unique entre le payeur et le payé), demeure freiné par le manque d’universalité.

 

Plus précisément, quels sont ces enjeux ­?

Ils vont varier d’une partie prenante à l’autre. Du côté du payeur consommateur, l’instantanéité est très adaptée pour un jeune qui souhaite maîtriser ses dépenses et avoir la visibilité exacte et immédiate sur son budget mais devient un handicap pour une personne qui n’a pas la trésorerie disponible et qui est habituée à d’autres facilités de paiement comme les paiements différés. Elle redevient intéressante pour quelqu’un cherchant à débloquer une situation d’urgence ou à régler une dette immédiatement.

Pour une entreprise, l’instantanéité peut donner de la valeur à un service comme le règlement d’un sinistre pour une assurance ou la mise à disposition des fonds lors d’un prêt pour une banque… Mais, cela présuppose des moyens de gestion de trésorerie et de cash management.

À cela s’ajoutent d’autres prérequis pour le payeur tels qu’un coût de transaction acceptable, un bon niveau de confiance vis-à-vis de la sécurité, d’autant plus que l’acte est irrévocable, ou encore de ne pas être gêné par des plafonds de paiement. Pour les entreprises et les commerçants en tant que payés, outre les coûts, les conditions propices au déploiement de solutions de paiement instantanées portent sur les charges d’intégration dans leurs environnements techniques et organisationnels, d’où l’importance de la standardisation.

À cela, s’ajoutent des facteurs propres à chaque pays : sa culture, son écosystème, ses usages et bien évidemment la volonté de l’État et des organes régulateurs d’accélérer l’évolution des paiements vers le temps réel. Toutes ces dimensions doivent alors converger pour que l’usage des moyens de paiement instantanés puisse se déployer.

 

Qu’en est-il pour les banques ?

Dans une logique quatre coins (au-delà du payeur et du payé, interviennent les établissements financiers des deux parties), le rôle des banques est essentiel. Pour elles, le passage à l’instantanéité représente des investissements considérables en termes de systèmes d’information, de gestion de la sécurité, de maîtrise du risque bancaire et de satisfaction du client. Le paiement instantané constitue pour les banques une solution de substitution intéressante à celles des chèques et des espèces sources de coûts pour elles. Mais, cette perspective reste cependant très éloignée en termes d’échéance. En effet, le cash reste ancré dans les usages (variable selon les pays) et la filière chèque étant déjà très automatisée, les gains ne seront perçus qu’au moment de son éradication totale. Enfin, les banques devront supporter le risque opérationnel inhérent au règlement sans rupture de charge. Elles doivent aussi consentir à d’importants investissements alors que le modèle économique de ces instruments de paiement en temps réel n’est pas encore défini.

 

Et pour le régulateur ?

Pour le régulateur, les enjeux dépassent l’instantanéité en elle-même et s’inscrivent dans une autre logique : le respect de la souveraineté européenne, notamment au niveau de la localisation des données et de la gouvernance des systèmes. Il s’agit aussi de faciliter l’innovation et la concurrence, une ambition déjà clairement affichée par la deuxième Directive Européenne sur les Services de Paiements (DSP2) qui facilite l’interopérabilité européenne et qui évite la fragmentation domestique, comme cela avait pu être le cas avec les systèmes de porte-monnaie électronique au début des années 2000. Le régulateur a aussi à l’esprit que cela doit s’opérer dans un contexte qui favorise la sécurité et les performances des systèmes qui seront déployés.

 

Face à cette multiplicité des parties prenantes, y a-t-il des enjeux qui soient difficiles à concilier selon vous ?

Il y a, en effet, plusieurs paradoxes. D’une part, l’idée est de favoriser la concurrence et l’innovation afin de permettre la réduction des coûts et le développement de parcours clients innovants… D’autre part, nous savons que l’universalité si recherchée, passe par un bon niveau de standardisation des usages et des solutions, comme cela a été fait pour le développement de la carte bancaire. Si l’irrévocabilité est une qualité intrinsèque de l’instantanéité, elle pose néanmoins la question de la gestion des erreurs et du remboursement.

Enfin, il faudra répondre aux problématiques autour du modèle économique, chaque partie cherchant à éviter les effets de tarification intrinsèques aux investissements nécessaires.

 

Concrètement, quels seront les challenges de l’introduction de l’instantanéité ?

Les infrastructures de règlement sont une des briques indispensables au paiement instantané. Il faut pouvoir apporter un niveau de confiance suffisant entre les banques pour que la banque du bénéficiaire d’un paiement instantané accepte de mettre à disposition les fonds immédiatement même si elle ne reçoit pas instantanément en retour les fonds de la banque du payeur.

Dans ce cadre, des principes seront définis sur la base des solutions européennes comme l’Instant Payment. Dans certains pays, c’est déjà une réalité : on peut citer, par exemple, la solution britannique Faster Payment ou bien l’italienne JIFI qui permet de faire des virements de particulier à particulier.

Toutefois, un règlement rapide entre banques ne peut pas forcément être considéré comme une véritable solution de paiement utilisable par des particuliers. Des services additionnels sont nécessaires pour notamment permettre au payeur de connaître les coordonnées bancaires du bénéficiaire ; permettre au bénéficiaire d’indiquer au payeur qu’il souhaite être payé ; ou encore permettre au bénéficiaire de rapprocher le paiement et une créance.

La DSP2, dont les éléments majeurs entreront en vigueur dès septembre 2019, va permettre de combler ces manques en donnant la possibilité à de nouveaux acteurs du paiement de se positionner entre le payeur et sa banque pour faciliter au payeur l’initiation de virement. Cela va favoriser l’émergence d’un intermédiaire qui va fluidifier les opérations.

Enfin, il y a aussi le volet de l’authentification qui doit conserver, voire renforcer, le niveau d’exigence sécuritaire auquel les banques nous ont habitués.

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